L’Amour 2.0 existe-t-il ?

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« Les belles rencontres je peux les faire partout mais surtout ailleurs », clame avec passion la jolie brune dans la publicité pour Meetic, célèbre site de rencontre. A l’heure où la génération X ne jure que par internet, où elle regarde ses mails et son portable sans cesse, espionne la vie des autres à travers Facebook ou Twitter, elle n’a jamais autant eu besoin de rencontrer la personne idéale. Mais pourquoi vouloir à tout prix utiliser le réseau pour le faire ? Comment marche cette nouvelle séduction ? Sommes-nous vraiment nous-mêmes au travers d’un écran ? Et surtout, avons-nous toujours à faire à des relations authentiques, durables et stables ? Cette culture d’immédiateté nous empêcherait-elle de rencontrer l’âme sœur dans un bar, dans le train ou tout simplement au bout de sa rue ?

« La meilleure méthode c’est de ne pas mettre une photo de soi en lunette Prada achetées 5 euros chez Babou »

En 2009, 6 millions de couples s’étaient formés grâce à internet. Mais se sont-ils rencontrés sur des bases sûres et authentiques ?  Adopteunmec.com est le site phare de 2012. Il compte à ce jour près de 10 millions d’inscrits. Le concept peut à la fois sembler original et/ou écœurant, mais il marche. La fille fait ses courses parmi une longue liste de garçons et met dans son panier virtuel celui qui lui plaît. Elle l’autorise donc à lui parler et c’est ainsi que pourrait potentiellement commencer une histoire d’amour. Voilà comment en 2012, l’amour est devenu un marché, un business du cœur dénigrant l’homme tout bonnement considéré comme une chose, une viande stockée au rayon « à recycler ».

Pourtant, ce système plaît et manque à Alban, qui s’est vu « sélectionné » par sa copine actuelle. Rôdé par les sites de rencontres, il a une vraie technique pour draguer les filles de façon naturelle. « Le meilleur moyen d’avoir une fille par semaine dans son lit c’est de ne pas mettre de photo de soi dans la salle de bain avec des lunettes Prada achetées à 5 euros chez Babou, ironise celui qui met uniquement en profil  « Je ne sais pas trop ce que je recherche ».  Je montre que je suis sérieux et que j’ai un minimum de culture et d’humour ! »

40 millions de français sur les réseaux sociaux

Mais l’écran nous permet-il d’être nous-mêmes ou au contraire nous incitent-il à devenir un brin manipulateur ? « Les réseaux sociaux ont modifié le comportement des internautes », constate Médiamétrie. Chaque mot, phrase et idée laissés sur l’écran sont codifiés et réfléchis. « On ne connait que les gens quand on les voit : les timides se dévergondent, les moches sont sûres d’elles, et les grosses s’assument ! Ce n’est que du mensonge ! » reconnaît Alban. Martyn qui a tenté en vain de rencontrer des filles, confirme: « Internet m’a permis d’être moins timide et d’être moi-même. »

Clément, hyper connecté et soucieux de son image laissée sur les réseaux sociaux, est en couple depuis 8 mois grâce à une de ses publications sur Facebook. « Je cherche avant tout à partager mon quotidien, j’aime séduire et enjoliver la vérité. Je décide ainsi du regard que les autres peuvent avoir sur moi », souligne ce grand brun, l’égo glorifié. Comme ce lyonnais de 21 ans, 40 millions de français passent en moyenne 1 heure 25 par jour sur internet : 1/5e de ce temps est consacré à Facebook ou Twitter, selon Médiamétrie. « Et l’apparition des tablettes et smartphones ne fait qu’acroître ce chiffre », reconnaît l’institut d’étude des médias.

« Buguer » ou « flasher » ? Telle est la question !

Cette glocalisation peut favoriser les contacts, elle peut aussi nous priver du lien social : aujourd’hui on ne parle plus à son voisin de pallier, on ne cherche plus à connaître les gens croisés dans la rue ou dans le parc. Cette glocalisation ferait même disparaître les petits commerçants qui participent à la vie de quartier. Pourtant, nous n’avons jamais eu autant besoin du contact avec les autres. Aussi, une étude réalisée par l’université de Pennsylvanie et le Centre de recherche Pew internet a prouvé qu’1/3 des français ressentait la solitude. L’idée de se retrouver seul avec soi-même serait devenu pour certains une peur viscérale et incontrôlable.

Seulement, internet ne serait-il pas responsable de ce sentiment ? A travers les réseaux sociaux, on communique avec le monde entier, mais définitivement seul devant son ordinateur. Le monde se sent propulsé par la curiosité : internet a créé un lien social à travers la « drague planétaire » qui met en scène un véritable aspect communautaire, dont nos témoins sont véritablement accros.

Quel rôle joue internet dans ces conditions ? Est-ce une échappatoire du reste du monde ? Est-ce devenu le seul terrain des célibataires en proie à l’amour ? Alban s’est réfugié sur les réseaux sociaux pour se consoler d’une rupture amoureuse alors que Martyn a toujours favorisé internet pour « les possibilités de rencontres plus conséquentes qu’ailleurs ».

Aujourd’hui, on veut vraiment rencontrer autrement qu’autour d’un verre dans un bar, mais internet n’est-il pas qu’une source de fantasmes et d’illusions erronées ? Peut-être que le meilleur moyen de le savoir est de déconnecter… à vous de savoir si vous voulez « buguer » devant un profil sur votre ordinateur ou « flasher » sur l’élu de votre cœur dans la vie. Quel mot désignera votre couple : coup de foudre ou « contrôle + alt + supprimer » ?

Julie d’Harlingue.

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