« En immersion » chez les Scientologues

On en parle beaucoup pour la dénigrer ou pour dire que Tom Cruise et Will Smith en font partie. Mais la scientologie, c’est surtout un lieu à Paris où se déroule tous les samedis une réunion sur la vie après la mort. Reportage en immersion par un journaliste exceptionnel, drôle, sincère et surtout modeste.

L’endroit est situé en plein Paris (69 rue legendre 75017) sans que cela choque plus que ça. Avant d’entrer, on ne se doute pas qu’il s’agit d’une église de scientologie, mais des colonnes de livres signés L. Ron Hubbard, le créateur de la scientologie, nous rappellent rapidement où nous sommes. Une porte vitrée coulissante ouvre le chemin vers une grande salle épurée où subsiste un petit comptoir d’accueil. « Bonjour » annonce la standardiste avec un grand sourire. Partout, d’innombrables livres et affiches pointent le nom de L.Ron Hubbard. Le début de lavage de cerveau semble commencer ici.

Immédiatement, on me demande de remplir un petit papier. Hum. La suspicion commence de mon côté. Il faut que je m’invente un pseudo et une adresse. Je trouve assez rapidement une idée. J’apprends par cœur ma nouvelle identité au cas où cela finisse en séance d’interrogatoire. Je demande à la standardiste si cela ne lui pose pas de problème que je ne donne ni mon adresse, ni mon téléphone. « Non aucun souci« . Décidément, ils sont drôlement gentils et inoffensifs. Après avoir rempli le petit papier, j’attends debout et j’observe les différents panneaux explicatifs. Si l’on ne sait pas qu’il s’agit de scientologie, tout ici ressemble à un lieu aidant au développement personnel. Rien de mal en soi.

Du GHB ou des somnifères ?

Quelques minutes passent et une femme vient me voir pour me dire qu’on viendra bientôt me chercher pour la conférence. C’est une brune aux sourcils prononcés et toujours avec un grand sourire. Je continue mon exploration des lieux jusqu’à tomber sur un test de personnalité. Qui êtes-vous ? Mais je n’ai pas le temps de le lire que la brune me dit de la suivre pour la conférence. Je n’avais pas encore réalisé mais en ce dimanche personne d’autres n’attend dans la salle. Je me dis que les autres sont déjà dans la salle. Je suis donc mon interlocutrice jusqu’à un couloir blanc et brillant qui aboutit sur une petite salle calfeutrée avec des dizaines de livres empilés, un écran et un tableau pour faire des dessins.
Le terme « conférence » ne doit pas avoir le même sens en scientologie. Ici cela s’apparente à un simple tête à tête. Seul face à cette femme, je m’assieds calmement sur le banc. Pour l’instant je n’ai absolument pas montré de signes de nervosité. La scientologue ne suspecte donc pas les vraies raisons de ma venue. Il y a une petite table devant moi où est posée une carafe d’eau et plusieurs verres en plastique. Est-ce du GHB ou des somnifères ? Je suis trop brave pour reculer et je bois un peu d’eau.

La brune me sourit et prend un bouquin en main. Là j’ai l’impression d’être en cours particulier avec ma prof de SVT. Glauque. La séance est portée sur le spirituel. Alors que c’était censé être sur le thème de la vie après la mort. Or pendant 30 minutes elle m’explique, en lisant son livre et en faisant des petits schémas, que j’ai un esprit qui s’appelle le thêta (la pensée en grec). Je discute et m’invente une personnalité. Je fais du droit et j’ai perdu un proche. Voilà pourquoi je suis là. Elle ne se doute de rien et je suis le parfait bon élève. Jusqu’au moment où elle sort un pendentif et tente une hypnose. Heureusement, je lui saute dessus à temps et l’assomme avec la carafe d’eau… Bon là j’ai un peu fantasmé. Il ne s’est rien passé.

« Mais vous pouvez repasser demain ?« 

Elle continue à me parler et à lire des passages du livre. PASSIONNANT. A la fin, après avoir échangé une petite blague, elle me conseille d’acheter le livre. 13 euros. Sachant qu’il y a au moins 1700 exemplaires exposés dans toute l’église, elle pourrait m’en passer un gratos. Mais non. Dommage je n’ai pas mon argent. « Mais vous pouvez repasser demain ? » dit-elle avec espoir. Je lui répond par l’affirmative et que je prendrai aussi un de leur Blu-ray. Tant qu’à faire.

Je sors de la salle vivant et me propose de lui laisser mon numéro. Encore une fois, j’invente un numéro. J’espère que cette personne ne m’en voudra pas d’avoir donné son téléphone. Une dernière chose. Il y a marqué « théâtre » devant une grande porte. Je m’interroge. En fait, ici je suis au centre de célébrité de la scientologie où les artistes, leaders d’opinion peuvent faire des spectacles ou des discours dans une salle de théâtre. Étrange !

Je finis par sortir de l’église avec un super test de personnalité que je vais pouvoir remplir à la maison pour savoir qui je suis vraiment. Mon interlocutrice a bien été bernée, je suis diabolique. Quelques questions du test sont vraiment pertinentes : « Avez-vous parfois des tics musculaires, sans qu’il n’y est aucune raison logique à cela ?« . Oui bien sûr, je fais des doigts quand je vois une secte.

Guillaume Millochau.

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