» 24 jours  » : vers un film politique ?

Ilan Halimi

Ilan Halimi

Une polémique est en train de naître dans le monde du cinéma. Le prochain film du célèbre réalisateur d’origine pied-noir, Alexandre Arcady, intitulé « 24 jours » et dédié à l’affaire Ilan Halimi, est au centre de plusieurs interrogations depuis que la candidate socialiste à la mairie de Paris, Anne Hidalgo, s’est rendue il y a quelques jours sur les lieux du tournage. Récupération politique ou soutien désintéressé au monde du cinéma et à la communauté juive, le débat n’a pas fini de faire des émule.

On se rappelle tous de cette bien triste affaire qui avait défrayé la chronique durant l’année 2006. Ilan Halimi, jeune juif parisien sans histoire, s’était vu kidnappé et torturé jusqu’à la mort par le « Gang des barbares », mené par Youssouf Fofana, aujourd’hui en prison pour perpétuité. Ce fait-divers extrêmement sordide avait été considéré comme le symbole d’un antisémitisme grandissant dans le pays, du fait que les ravisseurs concernés avait capturé Ilan pour lui soutirer de l’argent, car selon-eux « les juifs sont tous riches ».

Mais cette affaire fut l’occasion pour un certain nombre de personnalités publiques de faire passer un message, plus ou moins louable selon les circonstances. Le premier exemple en date étant l’expulsion manu militari des membres du Front National et du Mouvement Pour La France de Philippe De Villiers, de la marche en hommage au jeune assassiné, à Paris en 2006.  Cette action ayant eu notamment pour but de dénoncer « l’antisémitisme latent » de ces partis politiques qui s’étaient pourtant défendus de toute idéologie haineuse.

La radicalisation de l’humoriste Dieudonné à cette même période fut aussi le cheval de bataille d’un certain nombre de militants, désireux d’en faire un parallèle avec l’affaire Halimi. Ce fut notamment le cas du conseiller régional socialiste d’Ile de France, Julien Dray (fondateur de l’association SOS racisme), qui profita de l’occasion pour parler d’un « effet Dieudonné », pour expliquer la xénophobie grimpante de ce groupe de malfrats. D’ailleurs le tournage du film « 24 jours » a du être interrompu le 17 octobre dernier, lors des scènes tournées au Palais de justice de Paris. Comble du hasard, l’humoriste contesté était en instance de procès pour « incitation à la haine raciale », au même moment. Le tournage a donc pris fin plus tôt que prévu pour éviter des débordements potentiels. Enfin, difficile de négliger le livre de l’écrivain Morgan Sportès « Tout, tout de suite », totalement basé sur l’affaire et véritable plaidoyer de l’anti-communautarisme.

L’affaire « Anne Hidalgo » est-elle plus litigieuse ?

La candidate à la mairie ne fut pas la seule à faire le déplacement. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls s’est également rendu sur les lieux du tournage le 12 octobre dernier. L’entourage du ministre a simplement justifié cela par le fait que Manuel Valls est « un ami » d’Alexandre Arcady et « qu’il suit son projet sur cette terrible histoire depuis le début » selon le site du magazine Le Point. Pour un film reconstituant un fait divers « d’envergure nationale » extrêmement récent, il reste judicieux de se poser la question du bien-fondé d’une politisation voulue ou collatérale d’un tel film. Cette visite étant évidemment potentiellement électoraliste, en vue des élections municipales de l’année prochaine.

Quoi qu’il en soit la polémique est en train d’enfler sur les réseaux sociaux. L’ancien avocat général lors du procès de Youssouf Fofana, Philippe Bilger, ayant notamment déclaré sur Twitter « Je crains le pire avec le film d’Arcady sur l’ignoble assassinat d’Ilan Halimi: À Hidalgo a rendu visite à l’équipe de tournage.Un must! ». Clin d’œil à la communauté juive ou véritable soutien médiatisé à la cause de l’insécurité, cette affaire n’a en tout cas pas finie de faire débat. Il faut également rappeler qu’un autre film est en préparation sur la même affaire. En effet le réalisateur-comédien Richard Berry prépare à ce moment même un autre long-métrage sur le même sujet (en adaptant au grand écran l’ouvrage de Morgan Sportès). Reste à voir si la candidate à la mairie de Paris se rendra également sur les lieux du tournage, les films de Richard Berry étant moins politisés …

Nathan Cahn

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