Gravity : mieux que s’envoyer en l’air

S’il y a un film qui a fait autant de buzz qu’Avatar, c’est désormais Gravity. Ce qui les rapproche ? La 3D ! Ce qui les sépare ? La 3D !  Le premier se distingue par l’outrance de ses effets spéciaux et l’autre par son côté minimaliste. Au final, il n’y en a qu’un qui sort du lot : Gravity. De l’aveu même de James Cameron qui a dit que c’était le meilleur film sur l’espace jamais réalisé. Toutes ces louanges sont-elles bien méritées ?

Espace vitale

A 600km de la Terre, la vie est impossible. Il n’y a pas la possibilité de respirer ni de communiquer sans des technologies de pointe. Là-haut, votre seul ami terrien est un certain Houston dont le surnom est parfois Mayday. Tout commence paisiblement en apesanteur sur un petit satellite. Dr Ryan Stone et Matthieu Kowalski réparent des appareils dont l’utilité nous dépasse. Ils bricolent dans le vide où la sensation de flottement est tout à fait palpable. La tranquillité du moment, comme le laissait présager la bande-annonce, ne dure que quelques minutes. L’équipe est percutée par une nuée de débris spatiaux (générée par la destruction d’un satellite russe) qui projettent les spationautes dans le vide le plus total, désarrimés de leur vaisseau. Ce par quoi ils sont percutés porte un nom. Celui du syndrome Kessler. Cela désigne dans l’espace une sorte de poubelle géante de satellites détruis et de déchets laissés par d’anciennes missions spatiales. Le tout a formé une énorme masse de débris qui se retrouve en orbite. Cela met en danger la vie des astronautes et des vaisseaux spatiaux. Sans le dire, le film dénonce un problème connu depuis déjà quelques temps. Or si l’on ne fait rien, Gravity risque de devenir réalité un jour. C’est d’ailleurs pour éviter cela que des scientifiques cherchent un moyen de vider la poubelle de l’espace. Mais comment intervenir efficacement à une telle distance ?

Claque visuelle

Dans la peau des deux astronautes : George Clooney, en baroudeur ange gardien, apporte son charisme si sympathique et enfile encore une fois le costume d’astronaute. Sandra Bullock, qu’on pensait actrice perdue, fait un retour gagnant au cinéma en incarnant le Dr Stone, un génie endeuillé. Son personnage est partagé entre sa peur de mourir, son deuil et son instinct de survie. A la fois, il doit lâcher prise concernant le proche perdu et en même temps ne rien lâcher pour rentrer chez lui. Vrillant dans tous les sens à 1080 degrés, comme un certain Baumgartner, Dr Stone revient à l’état de fœtus. Elle nage dans l’immensité du vide seulement retenue par une corde. Tant bien que mal elle tente de rejoindre une autre station spatiale. Et c’est là que la machine lourde de Gravity se met en place. L’espace n’a jamais été aussi bien filmé et ce grâce à des technologies hallucinantes. La 3D fait un travail merveilleux. Les débris nous caressent gentiment la gueule et la vue à la première personne nous immerge à fond. On avait rarement été aussi près de l’expérience absolue d’immersion cinématographique. Il ne manque que les odeurs… Le spectaculaire ne remplace pas l’émotion intense et palpable transmise par Sandra Bullock dont les larmes viennent jusqu’à se poser sur nos paupières. Impressionnant à chaque instant, Gravity n’en reste pas moins réaliste et minimaliste. La coopération avec la NASA n’y est pas pour rien.

Gravity est l’épopée spatiale par excellence avec une 3D rarement aussi bien utilisée. L’odyssée spatiale est une mer de paradoxes. Angoisse et fascination. La beauté du monde devant les yeux et personne avec qui la partager. Seul mais devant 6 milliards d’êtres humains. Puissant car au-dessus de tout mais impuissant car la vie ne tient qu’à un fil. En apesanteur et pourtant assis sur un siège en mousse. Houston, vous venez de perdre un spectateur dans la voie lactée.

 Guillaume Millochau.

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