Ils décrochent… et après ?

Ils ne voient pas l’intérêt d’aller à l’école, pensent avoir d’autres priorités… et quittent le cursus scolaire. Ces élèves en situation de décrochage, mineurs, sont toujours aussi nombreux chaque année à errer sans diplôme ni compétences intellectuelles. Alors que font-ils ? Comment s’en sortent-ils tout en échappant à la délinquance ? Décryptage d’un phénomène.

crédit: resonews.com

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Kévin* n’a jamais aimé l’école. Cette particularité n’empêche pourtant pas les enfants de mener leur scolarité jusqu’à l’obtention d’un diplôme. Seulement, Kévin révèle ne pas avoir reçu de soutien familial, arrivé au collège. Alors il a décroché : « J’avais des problèmes familiaux, ça ne m’a pas aidé. Je ne ressentais plus aucune envie d’aller au collège. J’ai arrêté d’y aller en classe de 5e. »

Pourquoi quitte-t-on le cursus scolaire ?

Comme Kévin, ils sont près de 140 000 élèves, chaque année, à être en situation de décrochage scolaire. Autrement dit quitter les voies de l’apprentissage sans diplôme de niveau 4 ou 5. « Attention il ne faut pas confondre ‘élève en problème scolaire’ et ‘décrocheur’ », insiste Maryse Esterle, sociologue et Maître de conférences à l’université d’Artois à l’IUFM.

Il y a plusieurs raisons qui poussent l’élève au décrochage. A commencer par l’environnement familial : « L’enfant très sollicité par sa famille doit s’occuper de ses frères et sœurs et vit une désynchronisation : l’école vient contredire la préservation du cadre familial », observe Maryse Esterle, co-auteur de La déscolarisation, aux éditions La Dispute. D’autres éléments viennent également perturber la scolarité comme la phobie scolaire et les phénomènes de menace à l’école mais ils sont « moins fréquents et plus simples à solutionner ».

Si Kévin ne voyait pas ‘l’intérêt’ de l’école et préférait faire du sport à la place, d’avantages d’élèves abandonnent le cursus scolaire en raison des difficultés cognitives dont ils sont victimes. « L’enfant accumule les lacunes sans que les troubles n’aient jamais été détectés, souligne la sociologue et membre du Cesdip-CNRS. Puisque l’Education nationale ne met pas l’accent sur des programmes pédagogiques, l’élève devient perturbateur et finit par se faire exclure. »Un cercle vicieux qui envoie ces élèves en classe relais et finissent pas décrocher.

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La solution ? Donner des tâches aux élèves et faire du « cas par cas ».
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Comment ne pas décrocher ?

« Le système scolaire encourage les élites sans faire avancer la masse », décrète la sociologue et membre du conseil de l’innovation pour la réussite éducative. La solution serait de faire du « cas par cas » en prenant en compte le niveau scolaire de chacun. « Mais le défi serait de réussir à allier groupe et enseignement individuel », reprend la sociologue. Autre solution : leur donner des tâches pour les responsabiliser et les structurer. «Pour leur donner un sentiment d’appartenance et une motivation», confirme Maryse Esterle.

Aujourd’hui, l’objectif est de développer les structures qui aideraient les élèves à raccrocher. Il existe actuellement des plateformes de suivi et de soutien aux décrocheurs qui conseillent les élèves de plus de 16 ans sur leur avenir professionnel.

Le football l’a sauvé

Pendant ces années d’errance, Kévin ‘a appris la vie’. « Je traînais dans le métro, je rencontrais de nouvelles personnes tous les jours et j’ai connu des mauvaises galères aussi. » Ce qui l’a rendu «plus débrouillard et plus mur» que les autres. « Ce décrochage m’a forgé », révèle l’élève. Cette vie sans attentes scolaires conduit beaucoup d’adolescents à des situations de vacuité. «Ces enfants voient leur vie sociale diminuer. Le temps devient distendu et désorganisé», poursuit la sociologue. Intervient alors une grande tristesse passagère qui entraîne « délinquance et activités de chapardages… »

«Si c’était à refaire, je le referais sans hésiter », avoue Kévin, 18 ans aujourd’hui. «J’ai compris que c’est moi qui avait mon destin en mains et réalisé que ces sept années de l’adolescence (entre 11 et 18 ans) déterminaient le reste de ma vie», rétorque-t-il. Si ce jeune garçon a pu s’en sortir, c’est grâce au foot. «Si je voulais passer pro, j’étais obligé de passer mon Bac». Kévin a donc rejoint les bancs du lycée à Guingamp (22) où il passe cette année son Bac Economique et Social (ES).  Il aspire aujourd’hui à être footballeur semi-professionnel et devrait poursuivre ses études.

Julie d’Harlingue.

*Pour préserver l’anonymat, le prénom a été modifié.

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