Un an à l’Elysée : François Hollande vu par la presse européenne

Après une année à la tête de la France, le constat est sans appel pour les journaux étrangers : François Hollande déçoit.

Un an à l’Elysée : François Hollande vu par la presse européenne

L’ambiance est davantage à la réunion de travail avec son équipe plutôt qu’à une garden party dans les jardins de l’Elysée. Plutôt que de souffler sa première bougie à la tête de la présidence de la République, François Hollande a du travail, beaucoup de travail. En France comme ailleurs, son élection, synonyme de retour au pouvoir du Parti socialiste, laissait entrevoir un nouvel horizon. En guise de changement, le ciel s’est couvert : crise économique, chômage, défiance morale…

Bien loin des scènes de liesse du 6 mai 2012, l’opinion fait grise mine. A lire le quotidien allemand Der Spiegel, il ne resterait plus en France que de la déception, de la frustration et de la colère. Débordé sur sa gauche par Jean-Luc Mélenchon et les communistes, le chef de l’Etat voit les manifestants descendre dans la rue pour l’emploi et contre l’austérité, lui qui n’a pas su empêcher la fermeture de Florange, de Petroplus et de l’usine PSA d’Aulnay. La même impression se dégage, celle que tout par à vau-l’eau. Le Süddeutsche Zeitung ironise en prenant pour preuve la mise aux enchères de vins de l’Elysée. Laconique, La Razon, titre « la déception présidentielle ». Les mots sur durs, mais le contexte aussi : avec un taux de chômage qui est grimpé à 10,6% et une croissance en berne, le pays a besoin d’un exécutif fort et volontaire. Mais la presse étrangère n’est pas convaincue. Elle reprend à son tour les surnoms dont François Hollande a hérité : le très imagé « Flamby » ou le plus affectueux « Pépé ». Le Hollande-bashing n’a pas de frontières.

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Dessin de Burki, Suisse

Après l’hyperprésidence de son prédecesseur Nicolas Sarkozy, le président de la République renvoie l’image d’un homme de compromis, piégé dans son incapacité à prendre des décisions. Son déficit d’image résulte d’une communication désastreuse, assomée par des scandales au sein de son gouvernement. The Guardian établit l’annus horribilis de François Hollande. Le quotidien anglais rappelle que le scandale de l’affaire Jérôme Cahuzac n’a pas aidé la cause du chef de l’Etat, qui a promis de lutter contre les paradis fiscaux. La communication autour de la République « exemplaire » est écornée et la confiance, affaiblie.

« Monsieur faible »

Le désamour des Français se retrouvent dans les chiffres. Malgré une légère hausse au mois de mai, la popularité de François Hollande ne dépasse pas 32% de satisfaits selon un sondage IFOP-Paris Match, publié lundi 6 mai. Surtout, 68% des personnes interrogées n’approuvent pas son action. Le problème selon The Guardian, n’est pas tant le manque de volonté politique de François Hollande, mais les échecs qu’il accumule. Les grandes mesures mises en place dès le début du quinquennat, quand sa côte de popularité était au beau fixe (58% des opinions favorables en mai 2012 selon un sondage LH2 pour lenouvelobs.com), ont été vivement critiquées. C’est le cas de la loi sur la taxe à 75%, retoquée par le Conseil constitutionnel. Quant au chapitre économique, le crédit d’impôt pour les entreprises et le contrat de génération n’ont pas eu le retentissement espéré, dans une France profondément divisée sur le mariage gay et l’adoption. The Telegraph reprend à son tour le surnom donné par l’Express à François Hollande, « Monsieur faible » et retrace sa première année à l’Elysée. Là encore verdict sans appel : malgré une campagne sous le signe de la normalité, François Hollande est devenu le président le plus impopulaire que l’Elysée ait connu. Le seul crédit apporté à son début de mandat vient de la guerre au Mali. L’intervention française visant à repousser les extrémistes du Nord du pays fait consensus presque unanimement dans l’opinion, au sein de la classe politique et jusque dans les colonnes de la presse européenne. The Daily Beast salue la décision de la France, leader d’un monde libre, et ralliant au passage François Hollande, qui a pu reléguer manifestations et austérité au profit des opérations spéciales, dangereuses mais un brin plus glamour.

Un an à l’Elysée : François Hollande vu par la presse européenne

Dessin de Herrmann paru dans la Tribune de Genève

Ich liebe dich

Après les Merkozy, le couple Merkollande bat aussi de l’aile. Les frictions entre le président de la République et la chancelière allemande Angela Merkel n’ont échappé à personne. Comme souvent en amour, les discours ne se retrouvent pas dans les actes. El Pais admet que les avancées en matière d’union bancaire sont là. Mais pour le quotidien espagnol de centre-gauche, elles ne cachent pas les profondes divergences sur l’austérité et la relance de la croissance en Europe. Berlin juge que François Hollande ne va pas assez loin dans les réformes et la réduction du déficit, dont l’objectif de 3% en 2013 a été repoussé à l’année prochaine. El Pais estime que « L’Europe peut sauver sa législature. » Et ajoute qu’il n’a pas guère d’autre choix, car « sans une Europe prospère et plus solidaire, il n’y a ni croissance, ni réduction du chômage, ni même de salut politique ».

Fanny Lattach.

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