Voyage humanitaire : les jeunes redonnent du sens à leurs vacances

La plage, la chaleur et les cocktails… Ou pas. Chaque été, de nombreux jeunes rêvent d’autres choses, de décors plus réalistes. Pour eux c’est plutôt : douches au seau et à l’eau froide, pelle, pioche et pinceau, animations et rires d’enfants. Sac sur le dos et bonne volonté autour du cou, ils partent en voyage humanitaire. 

Copyright : Elise Wozniak

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Pourquoi partir ?

« L’occasion rare de découvrir une autre culture, de la vivre réellement, de se sentir utile ». Elise, Vincent ou encore Elodie, tous sont unanimes : s’ils ont tenté un voyage humanitaire c’est pour se frotter à l’envers du décor. L’arrière fond des palmiers sur la carte postale cartonnée. Elodie, expatriée en Amérique Latine pour ses études, s’est aventurée dans les quartiers défavorisés, « pour ne pas dire bidonvilles », près de Queretaro. Habituée à découvrir les plages de sable fin, elle a eu envie d’autre chose. Du vrai. « Je recherchais le contact auprès des locaux, je n’ai pas été déçue ! On mange avec eux, on travaille avec eux, ils nous hébergent… Le contact est très fort », détaille-t-elle après une semaine de bénévolat pour « UN TECHO para mi pais« . Un an après son retour, Elise, 21 ans, parle encore de son aventure en souriant. L’été dernier, l’étudiante est partie avec deux amis au Bénin, « l’aboutissement logique de nombreuses années de scoutisme », explique-t-elle. Pour Vincent, 23 ans, l’idée est partie d’une décision entre amis : une passion commune pour les voyages, tous curieux d’appréhender une nouvelle culture et hop le projet solidaire pour le Togo était lancé. « On a choisi de le monter avec une association locale afin d’être sûr de s’intégrer rapidement, on voulait un dépaysement total ! », détaille-t-il. Idem pour Pauline, dont le grand départ est prévu pour cet été, « il faut être capable d’élargir ses horizons, connaître autre chose que notre petite vie d’étudiante parisienne », affirme-t-elle.

Copyright : Elodie Chettouh

Copyright : Elodie Chettouh

Des missions simples mais utiles

Fabrication de maisons, animations avec des enfants, cours de Français ou d’hygiène, restauration de bâtiments… Une fois sur place, pas de répit : les jeunes travaillent aux côtés des locaux. Vite oublié le maquillage, les cocktails de fruits et le farniente. « Ce qu’on fait ce n’est pas grand-chose, mais on sent qu’on les aide à notre échelle. Ça nous fait pas mal relativiser sur la vie qu’on mène en Occident », assure Elise. Un dépaysement assuré donc. Vincent et ses amis ont même poussé l’idée jusqu’à louer un van pendant une semaine afin de réaliser un tour du Togo, accompagnés de bénévoles locaux. Un « tourisme » utile puisque là encore, la fine équipe n’a pas oublié son objectif premier. « On a apporté des trousses de secours, des médicaments aux hôpitaux de campagne qui se trouvaient sur notre route, on a même participé à la restauration d’une bibliothèque et d’un puits près de Kara », souligne le jeune homme. A les écouter, à lire leur témoignage, un élément ressort : la volonté. Ce type de chantier, Pauline y voit l’occasion de donner de soi, de son expérience. « Mon binôme est en école de photographie, on va emmener dans l’orphelinat qui nous accueille au Vietnam des polaroïds pour que les enfants découvrent la photographie, une activité qui leur est surement inconnue », confie-t-elle. Sur place, les deux jeunes femmes auront la charge d’une centaine de bambins, âgé de quelques mois jusqu’à 15 ans. « La plupart sont handicapés et découvrent l’école depuis peu… Ce sont des enfants, c’est important de leur apporter de la légèreté », conclut l’étudiante en médecine.

Copyright : Elise Wozniak

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La préparation et les galères

On ne part pas à l’autre bout du monde sans un appui. Et si tenter l’aventure entre amis semble évident, faire aboutir le projet peut être dur à gérer. « Il a fallu 2 ans pour souder l’équipe : ce n’est pas une mince affaire car travailler sur ce type de projet implique des hauts et des bas… Il faut vraiment le vouloir ! » prévient Elise. Et pour cause, les jeunes organisent leur voyage seul, de A à Z. Du lieu de destination jusqu’au choix de la mission en passant par la récolte des fonds. Vincent confirme, « on a du envoyer plusieurs mails pour expliquer nos attentes, trouver la bonne association, celle qui proposait les bons chantiers ». Mais la bête noire reste l’argent. Fournitures, jeux, vêtements, matériels… L’addition est à vos frais. Sans compter les billets d’avion et la logistique une fois arrivé. « Il nous a fallu bosser pendant 2 ans pour réunir les 12 000 euros nécessaires. Et comme on était tous lycéens/étudiants ça n’a pas été simple… », se rappelle Vincent. Sans salaire fixe,  rassembler le budget relève d’une véritable galère. « Convaincre les entreprises et décrocher des bourses c’est un challenge. Les grosses sociétés ont de l’argent pour, mais elles l’offrent à de plus gros projets », regrette Elise. La solution ? Enchainer les petits boulots. «Emballer les cadeaux de Noël, nettoyer des salles, animer des soirées… On a tout fait ! » se rappelle-t-elle en riant. Pauline, qui prépare son départ, n’y échappe pas. Afin de récolter assez d’argent, elle et son binôme ont été astucieuses : elles font appel aux dons de particuliers. En claire, elles proposent d’investir dans leur aventure via une plateforme créée pour financer ce type de projet. Une sorte de My Major Compagny solidaire sans retour sur investissement, hormis le plaisir de découvrir les clichés du voyage. Le pari est un succès puisque le duo a déjà récolté un peu plus de 2 000 euros ! « On complètera en travaillant, mais on compte tout de même sur les subventions du Conseil Général », admet Pauline.

Copyright : Vincent Dussaugey

Copyright : Vincent Dussaugey

Des moments forts et uniques

Le quotidien, les chantiers, les rencontres, les découvertes. LA récompense. Parmi cette masse de souvenirs, certains se détachent du lot. « Le dernier soir, les femmes nous ont appris les danses traditionnelles, et les hommes ont partagé leur repas avec nous : c’est un privilège. On était intégré », se souvient pêle-mêle Elise. Malgré les idées reçues, la langue n’a pas été une barrière. La jeune étudiante préfère même en rire, « on avait prévu des tas de jeux et une fois sur place les enfants ne parlaient pas un mot de Français. Après l’angoisse, on a improvisé un langage des signes ». Idem pour Vincent : « il y a beaucoup trop d’instants forts pour n’en nommer qu’un. L’ensemble des moments avec les bénévoles sont uniques. Ils nous ont fait partager leur pays de l’intérieur ». Y compris les facettes moins exotiques. « On a pu visiter la maison des esclaves à Agbodrafo. Ça a été un choc pour toute l’équipe de découvrir la cruauté des lieux. L’après-midi même, on a rencontré le Prince de Togoville qui nous a reçu chez lui… Cette journée a été riche en émotions! », affirme le jeune parisien.

Copyright : Elise Wozniak

Copyright : Elise Wozniak

Bien loin du confort occidental, ces jeunes ont également fait face à la réalité des populations. Leurs conditions de vie, les inégalités : leur quotidien. « Mon groupe devait construire une maison de 6m², tout au plus, pour une famille nombreuse… Elle ne tiendra pas plus de 4 ans, mais ils étaient heureux », explique Elodie, marquée par la pauvreté de ce quartier mexicain. Idem pour Vincent, « marqué par leur hospitalité, leur gentillesse ». « Ils n’ont presque rien et partagent tout », confirme-t-il. Un voyage, une prise de conscience. « J’ai compris que j’allais vivre une expérience unique dès notre arrivée. On nous a offert un tel accueil alors qu’on était des inconnus… Je n’ai pas de mots pour définir mes émotions à ce moment précis », se souvient Elise. Preuve de cet échange, humain avant tout, ils ont gardé contact avec les bénévoles rencontrés. Bénin, Togo… Ils espèrent bien y repartir un jour mais désirent avant tout réaliser de nouveaux projets. « Retourner au même endroit sans la même équipe n’aurait pas de sens », juge Vincent qui planche déjà sur une autre destination. Mais tous s’accordent sur un point indiscutable : cet été là, ils s’en souviendront. Bien plus que les cocktails et le farniente.

Copyright : Vincent Dussaugey

Copyright : Vincent Dussaugey

Les 5 points à retenir avant de tenter l’aventure :

  • Pour éviter quelques frayeurs aux parents, consultez les indications du ministère des Affaires étrangères. Liste rouge des pays à bannir de son projet, risques climatiques, sanitaires et géographiques… Tout est disponible sur le site du ministère. Maman dormira mieux si vous la rassurez avant le jourJ.
  • Se renseigner, bien en avance, sur les délais d’obtention des visas, et passeport. Ça vous évitera une honte sans précédent le jour du décollage : celle de supplier à genou les douaniers. Ça ne fonctionne qu’une fois sur deux, parole de baroudeuse.
  • Si vous n’aimez pas les piqûres, il faudra faire des concessions puisque selon le pays choisi certains vaccins et traitements sont INEVITABLES (type paludisme etc…). Un mois à l’avance, au plus tard, on se renseigne auprès de son médecin ou d’un centre de vaccination tropical. Et une fois sur place, on pense à avoir les coordonnées du médecin le plus proche. Au cas où…
Copyright : Elodie Chettouh

Copyright : Elodie Chettouh

    • En arrivant, on fait un tour à l’ambassade de France et on s’enregistre. Selon le projet, il est possible de devoir le faire avant le départ.
    • On fait un dernier point sur la mission avec son équipe ET l’organisme d’accueil. Ça peut éviter certaines surprises une fois sur place, pelle et pioche en main.

Marion Ferrère.

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