Et si handicap rimait avec sexe ?

20 ans que l’assistance sexuelle auprès de personnes à mobilité réduite est pratique courante en Suisse. En France, l’idée d’offrir son corps pour éduquer sexuellement une personne handicapée reste encore taboue. Les associations militent aujourd’hui pour un projet de loi.

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Crédit photo: 20th Century Fox

Los Angeles, 1977. Mark O’Brien est diminué par une attaque de polio. Son corps est donc paralysé, seul son cou peut bouger. Bien conscient de ses capacités limitées, le poète et romancier de 38ans, encore puceau, souhaite lui aussi avoir accès à la sexualité. Une assistante sexuelle établira alors six séances au cours desquelles ils aborderont caresses intimes, pénétrations et orgasmes.

The Sessions, sorti en salles le 6 mars dernier, est un film basé sur l’histoire vraie de cet auteur décédé en 1999. Un long métrage de Ben Lewin magnifiquement interprété par John Hawkes en O’brien et Helen Hunt en assistante sexuelle, qui revient avec tact sur la volonté de passion sexuelle d’une personne handicapée.  

Une formation de 300 heures

Un phénomène bien récurrent en Europe. Si en France, le sujet est à peine évoqué, en Hollande, en Allemagne, au Danemark ou encore en Suisse, cette pratique est courante depuis 20 ans. « Nous établissons d’abord un travail de décryptage des besoins, explique Catherine Agthe Diserens, sexo-pédagogue spécialisée, présidente de l’association suisse Sehp (Sexualité et handicaps pluriels). Que souhaite-il connaître ? Comment peut-il s’épanouir sexuellement ? »

Ces données sont ensuite transmises à l’assistante sexuelle. Elle a reçu en 2009, une formation de 300 heures fournie par l’association Sehp. Un enseignement extrêmement atypique qui lui a permis d’aborder, avec onze autres apprentis assistants, la différence du handicap, l’approche de l’intime et des cours de pratiques sexuelles promulgués par des sexologues et des prostituées.

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124 euros la séance

« A travers cette découverte du bien-être, les personnes à mobilité réduite ont l’impression de vivre comme madame Tout-le-monde et ont une meilleure estime d’eux-mêmes », suggère Catherine Agthe Diserens. Un service finalement « très modeste » établie à 150 Francs Suisses la séance d’une heure (124 €). Une rémunération obligatoire pour éviter les confusions en rendant ces prestations d’avantages professionnelles que sentimentales. « C’est comme si on se rendait chez le médecin ou le dentiste », compare la psychologue.

Le déclic ? « Ce sont les personnes handicapées elles-mêmes qui ont demandé à bénéficier de ces services ». Une demande de plus en plus fréquente. « On reçoit d’avantage de patients français », note la présidente de Sehp.

En France, on n’ose à peine en parler. Le problème se pose essentiellement sur les dérives « sectaires » et le risque de confondre « prostitution » et « assistance sexuelle ». « On mène en France une culture de combat. Il n’y a ni consensus ni débat », regrette la Suisse.

Dessin publié sur le blog "Faire Face" © Baudry

Dessin publié sur le blog « Faire Face » © Baudry

« Ces personnes sont aussi handicapées dans la connaissance de leur corps »

Même si un groupe de travail est mis en place sur la question auprès des députés, le débat en France semble encore trop tôt selon Thierry Sibieude, vice-président du conseil général du Val d’Oise en charge de l’accompagnement auprès de personnes handicapées.

Cette assistance sexuelle à destinations des invalides est clairement nécessaire d’après lui. « Ces personnes sont aussi handicapées dans la connaissance de leur corps, alerte l’homme également directeur de la Maison départementale des personnes handicapées du Val d’Oise. Il faut vraiment ouvrir la réflexion pour établir les meilleures conditions auprès de ces personnes qui méritent aussi une vie sexuelle épanouie. »

Eviter le proxénétisme en France

Quel serait l’idéal alors ? « On songe à mettre en place une relation régulière entre l’assistante et son patient, mais pas de type prostitution. Ces prestations définies et encadrées viseraient à éduquer et permettraient l’expression du besoin », évoque Thierry Sibieude. 

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Sexe et handicap. Voilà un double tabou français dont est victime l’association Ch(s)ose qui milite depuis des années pour que cette initiative soit mise en place. « On veut que les personnes handicapées puissent avoir un choix possible et sortent de cette spirale clandestine dont ils sont victimes, réclame Julia Tabath, vice-présidente de l’association, convaincue que la rééducation du corps ne permet pas un épanouissement sexuel total. On voudrait établir le même processus qu’en Suisse tout en évitant proxénétisme et racolage. »

Associations et conseils généraux mènent donc aujourd’hui une campagne de sensibilisation et de prise de conscience auprès des politiques. « Mais le temps du débat prendra quelques mois voire des années avant qu’une loi émerge », projette le Vice-président du conseil général du Val d’Oise. Julia Tabath espère à terme pouvoir ouvrir un centre de formation d’assistants sexuels, afin de pouvoir définitivement sortir de cette « spirale clandestine ». 

Julie d’Harlingue.

 

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