« Le mariage, c’est pas une mince histoire ! »

En complément de l’article « Le mariage qui divise les français », Véronique Margron, théologienne spécialiste des questions de morale sexuelle, a accepté de répondre à quelques-unes des questions que beaucoup d’entre vous se posent sur le sujet.

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Pourquoi une mobilisation aussi importante des partisans et des opposants, comme l’Eglise?

Il me semble que c’est parce que cela s’accroche avec la vision du sens de la famille. Pour l’Eglise, et pas que pour elle d’ailleurs, c’est une question primordiale simplement parce que la transmission de la foi se fait par la famille mais aussi parce que la famille c’est la cellule sociale de base.
L’Eglise ne condamne pas les homosexuels, simplement elle dit son désaccord, ce qui est son droit, avec le fait qu’on puisse considérer qu’un couple de deux personnes de même sexe, puisse avoir exactement les mêmes droits qu’un couple de personnes de sexe opposé. La réalité de l’humanité, c’est que l’on nait d’un homme et d’une femme. Et l’histoire sociale, pas religieuse, s’est construite en faisant de cet homme et de cette femme, non seulement des conjoints, mais un père et une mère avec des engagements affectifs, éducatifs et juridiques. Ce n’est pas rien.

Et pour vous, le coeur du débat, c’est l’adoption par deux personnes de même sexe?

Je trouve que c’est un peu simpliste comme mode de réponse de la part de l’Eglise de parler de l’inégalité des enfants. Ce n’est pas une question d’inegalité si un enfant a un père et une mère ou deux pères ou deux mères, mais c’est de se demander si au nom de la non-discrimination envers les couples de même sexe, on a le droit de discriminer les enfants de demain. Mais il y a plusieurs vraies questions posées par l’Eglise, et aussi par d’autres communautés religieuses, par les juristes et les psychanalystes. De penser que tous ces gens seraient absolument ringards et contre le camp des modernes, c’est faux. Il faut arrêter de jouer à l’autruche. Par rapport à l’enfant, il y a la question de la filiation. On ne peut pas faire croire à des enfants qu’ils peuvent naître de deux personnes de même sexe. Qu’est ce qu’il se passe lorsque l’Etat, à travers l’adoption, remet en jeu la question la filiation biologique ? Qu’est ce que ça veut dire qu’on puisse couper un enfant de toute racine biologique, c’est à dire d’un père et d’une mère ? Cependant, il ne faut pas confondre cela, en disant qu’un enfant ne puisse être bien élevé par deux personnes du même sexe, et ne pas remettre en cause leur capacité éducative.
L’autre question qui me parait juste aussi, c’est celle des actes de cette génération. Qui sommes-nous pour décider de l’avenir de personnes qui ne peuvent s’exprimer, à savoir les enfants ? Il y a une sorte de toute puissance de cette génération, qui au nom de nos libertés, se permet de décider de l’avenir sans prendre en considération certaines bases de la société.

Qu’est ce qui bloque concrètement aujoud’hui?

C’est de comprendre pourquoi le gouvernement tient autant à ce projet de loi, et de cette facon. Il faut aussi se demander quelles questions philosophiques et éthiques se posent. Si ce projet de loi est voté, à quoi ça engage la société ? Pas à la fin du monde bien sûr, mais il faut essayer de comprendre les enjeux. L’argument de la non-discrimination des couples homosexuels ne me parait pas être un argument suffisant pour répondre à ces questions là. Et je pense qu’utiliser le mot de discrimination envers les homosexuels n’est pas vraiment justifié, si on compare avec la discrimination envers les personnes de couleur ou les personnes handicapées. Jusqu’à preuve du contraire, l’orientation sexuelle n’est pas marquée sur le visage des gens. C’est pourquoi l’usage de la catégorie de discrimination, à outrance et comme seul argument, me parait inapproprié. Je pense que pour les associations partisanes, il y a une vraie légitimité de se sentir discriminées, mais ce n’est pas un argument politique suffisant.

Comment s’impose le gouvernement avec ce projet de loi?

Je pense que le gouvernement s’y prend mal sur ce dossier. Autant sur d’autres sujets majeurs et controversés, tel que l’euthanasie, le gouvernement a été capable de nommer quelqu’un pour faire une longue étude, écouter les points de vue, et rendre un rapport pour voir si la loi devait ou non être modifiée. On peut donc voir que le gouvernement est capable de prendre son temps, de nommer des gens compétents, et là, il ne consulte personne, il n’organise pas lui même de débat publique. Ce débat là, il se fait en ce moment dans la rue. En revanche, je pense qu’un référendum serait inutile. Il faudrait simplement que l’Etat soit capable d’organiser ce qui ressemblerait à des états généraux du sens de la famille avec des questions liés au mariage, au divorce et à une modification de l’article du code civil. Plutôt que de crier au loup, d’un côté comme de l’autre, prenons le temps de réfléchir à ce qu’est le mariage aujourd’hui en France.

Ségolène Poirier.

> Lire aussi l’article « Le mariage qui divise aussi les Français ».

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Une réflexion sur “« Le mariage, c’est pas une mince histoire ! »

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