Le Marathon Man de Passy

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Un monument peut en cacher un autre

Noël approche !

Si les enfants comptent fébrilement les jours restants, les SDF ne sont pas du tout pressés d’arriver au cœur de l’hiver. Je suis donc allé dans le quartier très cossu de Passy à la rencontre de ceux qui parsèment les trottoirs, et tentent de survivre.

Mon regard s’est aussitôt tourné vers un vagabond d’une quarantaine d’années, la barbe hirsute, qui marchait vigoureusement en se parlant à lui-même.

J’ai tenté de l’accoster, afin de connaître ses sentiments sur sa dure condition, mais il passa devant moi sans un regard, en continuant à vociférer des paroles incompréhensibles.

Interloqué, je suis allé interroger les gens du quartier, sans abris compris, pour en savoir plus sur ce mystérieux personnage qui se révélera être une sommité.

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J’ai juste envie de courir !

Cours, Forrest, Cours

Marie est boulangère à Passy depuis deux ans, elle raconte sa première expérience avec ce clochard un peu fantasque:

« La première fois que je l’ai vu, j’ai eu un peu peur parce que j’ai cru qu’il me suivait. Je me suis arrêtée d’un coup et il a continué son chemin comme si de rien n’était. Car en fait, il marche tout le temps. Il ne s’arrête jamais. Depuis que je suis ici, je crois que je ne l’ai jamais vu assis, à faire la manche. »

Difficile à approcher pour les habitants du quartier, il semblerait qu’il soit également ostracisé par ses compagnons d’infortune qui le jugent « plus fou que méchant ».

Jean-Luc, qui vit dans la rue depuis dix ans, nous en apprend plus sur celui qui arbore le style de Forrest Gump et qui a même un surnom :

« Le marathonien. C’est comme ça qu’on l’appelle. Moi, je ne lui parle jamais. De toutes façons, je crois qu’il ne parle pas. A part à lui même. Il est un peu fou mais il n’est pas dangereux. Il ne ferait pas de mal à une mouche. Des fois, il est un peu agressif mais il ne sait pas ce qu’il fait . »

bum

Roxane, étudiante à l’ESJ et qui habite aussi Passy en a fait les frais.

Alors qu’elle tentait de l’interroger pour un reportage, elle a reçu en guise de refus, contrairement à moi, un cinglant « pute, pute, pute » aussi grossier qu’instinctif. Une preuve sans doute que le contact n’est pas totalement coupé entre lui et le monde réel.

Marathon Man

Si personne ne sait exactement quand il se repose ou même comment il se nourrit, il semblerait donc que des traces de sociabilité existent vraiment chez lui, à sa manière.

Jean habite le XVIe arrondissement depuis son enfance et nous révèle quelques unes de ses méthodes : « Je le croise tous les matins. Il me taxe parfois une cigarette. Il a une technique bien particulière. Il mime le geste de fumer dès qu’il me voit. Et à mon contact, il me l’arrache comme un témoin dans un relais 4X100 mètres puis il s’en va, sans dire merci. Ça surprend toujours un peu. Mais je ne dis rien parce que c’est une vraie légende ici. »

Pas un seul résident du quartier ne semble l’ignorer et tous ont une anecdote à raconter à son sujet. Même certains touristes le connaissent. Attablée à un célèbre café de Passy, Mélpoménie, une écrivain grecque venue voir sa fille à Paris, s’est « habituée à le voir ». Elle ajoute avec un fort et bel accent « qu’il fait partie du paysage. C’est un peu une attraction ici ».

Si le terme «attraction» ne semble pas le plus approprié, il semblerait que désormais, dans un des quartiers les plus chics de la capitale, où le mètre carré peut atteindre dix-mille euros, la Tour Eiffel côtoie un autre monument, le clochard marathonien.

De quoi donner aux autres touristes l’envie de faire une petite balade ?

Rien n’est moins sûr.

Grégory Ayala.

  

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