Catalogne : mais où vont-ils ?

Manifestation monstre, le 11 septembre dernier, dans les rues de la ville Condal en faveur de l’indépendance.

Entre renaissance du mouvement indépendantiste et contexte économique tendu, cette élection était un véritable test pour le désormais populaire ou impopulaire -question de point de vue d’ailleurs- Artur Mas, président du parlement catalan et chef du parti CiU ( Convergence et Union en catalan). Figure politique du souhait d’indépendance, le leader catalan misait sur ces élections pour, peut-être, matérialiser ce rêve.

Un scrutin et des envies de liberté…

Ce dimanche 25 novembre, les catalans se sont rendus aux urnes pour élire leur gouvernement. Des élections anticipées suite à la montée de l’indépendantisme qui secoue la province depuis septembre. Oui parce qu’il faut le savoir même si l’Espagne est un pays unifié, chaque région, chaque « provincia » vote pour élire sa propre assemblée qui a parfois plus d’importance que la voix de Madrid. Au Pays Basque, en Andalousie et même en Catalogne, les gouvernements vont même jusqu’à disposer de leur propre police, de leur propre baccalauréat ou de leur propre langue officielle.

In-Inde-Independencia !! Ils étaient 1,5 millions à scander ce slogan dans les rues de Barcelone le 11 septembre dernier lors de la fête nationale de la Catalogne… ( imaginez la fête nationale de la Corse ou de la Bretagne… impossible). Suite à cette incroyable démonstration de force, la CiU a décidé d’organiser, un peu dans la précipitation, des élections anticipées.
Présent moi même ce 11 septembre là dans les faubourgs du vieux Barcelone et des Ramblas, j’ai compris la taille de l’enjeu. De 7 à 77 ans, que ce soit sur un t-shirt, un foulard, une écharpe ou un drapeau, les habitants exposait fièrement les couleurs catalanes (Senyera). Drôle d’ambiance, à se demander si on était encore en Espagne, quand, dans les petits commerces on vous répondait en catalan lorsque vous vous adressiez à eux en espagnol… En tout cas l’illusion était parfaite.

Des manifestants brûlent deux drapeaux, l’un espagnol l’autre français, le 11 septembre 2012

Résultats des élections de ce dimanche.

Un coup de Mas-sue 

Du coup, lorsque les résultats sont tombés dimanche soir, Artur Mas se retrouvait un peu les fesses entre deux sièges… de députés bien sûr. Parce que même si, pour son parti c’est une défaite – avec 50 sièges obtenus, c’est 12 de moins qu’en 2010 – l’ensemble des parlementaires pro-indépendance progresse. Contrairement à ce qu’essaye de faire croire Madrid et Mariano Rajoy, le chef du gouvernement espagnol, c’est donc une victoire pour les défenseurs de la catalogne libre.

Victoire contrastée par la montée en puissance des indépendantistes de gauche (Esquerra Republicana Catalana) qui obtiennent 11 sièges de plus qu’il y a deux ans. Contrastée et même amère pour Mas, qui pour être réélu président, devra nécessairement faire alliance avec le parti de gauche dont la ligne politique est en fait très différente de celle de la CiU.

Ils obtiennent trois fois plus de députés que lors des dernières élections, avec 9 élus le mouvement Ciutadans pro-espagnol, pour l’unité nationale, montre que l’Espagne a sa place en Catalogne. Paradoxal. Signalons que ce mouvement est surtout présent à Barcelone, beaucoup moins dans les campagnes catalanes.

Enfin, si l’on veut trouver des perdants, il faut se tourner vers le Parti Socialiste, qui n’occupera que 20 fauteuils à l’assemblée. Depuis la défaite de Zapatero en avril aux élections générales, c’est l’hécatombe pour le PSOE à chaque élection, nationale, régionale ou municipale. Aujourd’hui, le numéro deux du parti socialiste catalan a même été obligé de démissionné, mis en cause dans une affaire de corruption.

L’indépendance, économiquement viable?

Dans un pays qui connaît actuellement la pire crise économique de son histoire, ces poussées séparatistes, sont surtout l’expression d’un ras-le-bol généralisé. La population souffre et entre travail au noir, petits trafics et compléments d’aides gouvernementales, il est très souvent difficile de joindre les deux bouts.

La Catalogne est en effet, l’une des régions les plus touchée par la crise,. Au mois d’octobre dernier, elle était obligée de demander une aide à la capitale de près de 10 milliards d’euros. Et c’est presque la tête baissée, tel un enfant honteux que l’on vient de prendre la main dans le sac, qu’ Artur Mas le président de la « Generalitat » est venu demander cette aide.

Enfin, la scission de la Catalogne aurait des effets désastreux sur la région comme l’a annoncée une étude de l’IEE espagnol ( Institut d’études économiques). La prévision indique que les exportations vers l’Espagne baisseraient de moitié et que le chômage augmenterait de 25 % pour toucher presque un catalan sur deux. Sans oublier, qu’avant de bénéficier de l’aide européenne, indispensable vu la situation actuelle, il faudrait attendre de nombreuses années…

Mateo Gilart Haddad.

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