Yann Cucherat, la gym et après ?

Plus de vingt ans de haut-niveau, quatre participations aux Jeux Olympiques, 25 titres nationaux, 2 titres européens et 2 médailles mondiales… La carrière de gymnaste de Yann Cucherat est unique. Le capitaine de l’équipe de France amorce désormais sa retraite sportive. Un élément à ne pas négliger pour les athlètes. 

Yann Cucherat a participé quatre fois au JO, une record pour un sportif français

« 2013 est une année de transition, ma priorité est de trouver la bonne voie ». Sa reconversion, Yann Cucherat, capitaine de l’équipe de France de gymnastique, y pense depuis un moment. Depuis les Jeux Olympiques d’Athènes en 2004. En 2006, il a obtenu son professorat avec un poste adapté à ses compétitions. « Je suis rattaché au ministère des Sports. Quand j’arrêterai définitivement la gym, j’aurai des missions », explique-t-il. Sa blessure au JO de Londres, son opération et sa convalescence ont un peu accéléré les choses. « Quand on est dans les meilleurs gymnastes français, on peut vivre de ce sport mais une blessure peut rapidement  tout changer», assure le champion. Celle de Thomas Bouhail en 2011, Champion du Monde 2010 au saut de cheval, en est le parfait exemple. Yann Cucherat a donc pris les devants. Tous ses coéquipiers n’ont pas fait de même : le rythme des galas, des compétitions et tournois peut faire illusion. Le lyonnais confirme : « ça peut nous perdre, on gagne assez pour vivre sur le moment. J’ai vu pas mal de mes camarades ramer après ». Et pour cause : la FFG ne prend pas en mains la reconversion de ses athlètes. « Il faut être à la base du projet », la fédération ne fait pas le premier pas. « Quand on a de bons résultats, elle est sans doute plus à l’écoute », regrette-t-il.

Yann Cucherat est un spécialiste des barres parallèles

« Il m’est inconcevable d’envoyer au pôle un jeune avec des difficultés scolaires »

La FFG ne fait pas de propositions aux gymnastes et les places au sein du Cirque du Soleil sont de plus en plus rares. René Ebami, entraineur de l’équipe de France junior masculine de tumbling, connait bien le problème. Alors, il surveille de près ses athlètes. La condition pour les envoyer au pôle France, à Rennes ? De bons résultats en cours. « Mes deux derniers tumbleurs à être partis à Rennes ne suivaient pas en classe. J’ai donc refusé leur transfert, ce sont les parents qui ont entrepris les démarches », explique le coach. « Le tumbling ne permet pas de vivre, il m’est inconcevable d’envoyer au pôle des jeunes avec des difficultés scolaires », ajoute-il. Après l’entrée au pôle, René Ebami ne lâche pas la pression. Tous les mois, il demande à ses tumbleurs leur relevé de notes, « le maintien des études, c’est le deal pour rester à Rennes, mes garçons le savent ». Des exemples de reconversions réussies, il peut en citer, il en est fier, « Julien Coudert a intégré le Cirque pendant deux ans, Yves Tarin a décroché son brevet d’Etat et entraine, Nicolas Fournials est devenu kiné-ostéopathe ». En gym, certains n’ont pas raté le coche non plus. Après l’or aux barres au JO d’Athènes, Emilie Le Pennec a tout stoppé 3 ans plus tard. La jeune femme est elle aussi devenue  kiné. Marine Debauve (voir l’interview ici) et Ludivine Furnon (voir l’article ici) ont quant à elles intégré le Soleil avec succès. De son côté, Yann Cucherat essaye de sensibiliser les jeunes gymnastes. « Je leur en parle beaucoup, mais il faudrait que la FFG soit plus dure avec eux sur les études, pour qu’ils comprennent que c’est un point important ».

«Etre consultant pour Canal+ ou Eurosport, ça ne paye pas suffisamment »  

Le capitaine de l’équipe de France pense donc à son avenir. Plusieurs voies s’offrent à lui. Commenter les grandes compétitions de gymnastique, comme le fait régulièrement Isabelle Severino ? Oui… Mais non. « J’ai déjà fait l’expérience avec Eurosport et Canal+, c’est sympa… Mais être consultant en gymnastique ça ne paye pas et j’ai une famille », concède le champion d’Europe 2009 et 2010. De même pour le Cirque du Soleil. Le gymnaste a été contacté mais ce n’est plus à l’ordre du jour, « c’est une très belle porte de sortie pour de nombreux athlètes, je suis séduit par leurs shows, mais je ne veux plus partir à l’autre bout du monde ». En réalité, Yann Cucherat a déjà des idées en tête. Missions pour le ministère des Sports, développer sa ligne de tenue, partenariat avec la ville de Lyon comme référent sport, projet avec ses sponsors… Le gymnaste reste tout de même réaliste, « la notoriété ne dure pas longtemps après l’arrêt des compétitions, je dois faire attention à mes choix ».

Yann Cucherat champion d’Europe en 2010 à Birmingham, devant son coéquipier Hamilton Sabot 3ème

Objectif : les championnats du Monde 2013

Le spécialiste des barres parallèles prépare son départ mais n’a pas dit son dernier mot. Affaiblit par une grave blessure au JO de Londres, Yann Cucherat a été opéré en septembre. Il entame tout juste un mois et demi de rééducation intensive.  Il espère revenir s’entrainer d’ici 2/3 mois. « J’ai besoin de la gym pour retrouver la mobilité de mon épaule, de mes muscles », confesse-t-il. Le capitaine des Bleus n’a pas voulu faire ses adieux à Londres. « Je ne voulais pas rajouter plus de stress à cet évènement déjà important », confirme-t-il. Mais malgré la blessure, Yann Cucherat compte bien respecter ses engagements envers son club de Lyon. Il espère même être présent au Championnat du Monde prochain, afin d’assurer la transition au sein du collectif. Mais seulement s’il arrive à retrouver son haut-niveau. « Faire de la figuration », ce n’est pas dans ses habitudes. Sa carrière le prouve : quatre participation au Jeux Olympiques, du jamais vu pour un sportif français. Cette expérience, le champion compte bien la partager avec la publication d’un livre. « Ça serait tellement bête de ne pas transmettre tout ce que j’ai vécu grâce à la gym », confie-t-il ému. Ce bouquin, il y tient. Une manière pour lui de faire « le deuil » de sa carrière, « d’accoucher » tout ce qu’il a sur le cœur. Une succession de rencontres, de moments forts, en compétitions internationales comme en tournois plus modestes, auprès de ses coéquipiers comme de sa famille, l’or européen aux barres parallèles en 2009 à Milan avec le « mouvement le plus compliqué et le plus réussi de sa carrière »… « Tout cela m’a donné envie de me surpasser dans un sport amateur telle que la gymnastique ». Nul doute que de nombreux gymnastes se presseront pour acheter ce livre. Yann Cucherat a marqué le monde de la gymnastique. En amorçant sa reconversion avec brio, il montre une fois de plus l’exemple. A l’image d’un véritable champion.

Marion Ferrère.

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