La méritocratie à l’épreuve de la crise

Travailler pour réussir. Le credo, longtemps rabâché, a aujourd’hui du plomb dans l’aile.

Ils sont ultra-diplômés mais ne trouvent pas de travail. Pour ces jeunes, la méritocratie a un goût amer. Il faut dire que sur les bancs de l’école ou au bureau, la valeur travail se double souvent de celle du mérite : le plus méritant, le plus travailleur sera récompensé ou promu.  La responsabilité de chacun entre en jeu. Pour Lucie, étudiante en Master 2, « la méritocratie est un système dans lequel rien ne s’acquiert facilement. Il faut avoir fait ses preuves dans la société pour pouvoir accéder à des responsabilités, des privilèges. » Croire en la méritocratie, c’est un bon moyen de se dépasser et de rester motivé.

Travailler plus pour gagner plus ?

En France ces dernières années, cette définition a été surtout reprise par Nicolas Sarkozy en 2006 avec un slogan évocateur : « Travailler plus pour gagner plus ». Rebelote pour la présidentielle cette année, avec des discours axés sur le « vrai » travail.

Le mérite scolaire et professionnel implique aussi une société qui reconnaît les hommes égaux entre eux. La différence se ferait alors par un travail assidu et des qualités individuelles. Megann, étudiante en sciences politiques, va plus loin en affirmant que  » la méritocratie c’est l’opposé du népotisme… En gros il s’agit de voir ton projet aboutir, d’obtenir ce pour quoi tu te lèves le matin (un poste, un emploi, un service, etc) grâce à tes seules capacités, grâce à la qualité de ton travail… A l’inverse, si t’obtiens ce job parce qu’un parent proche est quelqu’un d’important ou parce que tu appartiens à une catégorie sociale supérieure qui fait qu’on te donne tout sans que tu n’aies besoin de le mériter… ce n’est plus de la méritocratie. »

Tiens, ça ne vous rappelle pas quelqu’un ?

Ce sont sûrement les classes moyennes qui profitent le plus de la méritocratie. Serigne Dan Fall prépare une thèse doctorale à l’université Paris Diderot Paris 7 et considère avoir profité du système scolaire. « Les sélections dont j’ai pu faire l’objet tout au long de mon parcours scolaire était uniquement basé sur mes notes, admet-il. Cependant, ayant eu un parcours strictement universitaire, j’ai conscience qu’à compétences égales, si je candidate plus tard à un poste dans l’industrie, j’aurais un moins bon salaire qu’une personne issue d’une école d’ingénieur même si j’aurai un plus haut niveau d’étude. »

Sans réseau, point de salut !

Un peu sadique sur les bords, il faudrait donc en baver pour réussir. Ca tombe bien, car avec la crise économique, le marché du travail fait grise mine. Difficile de se faire embaucher même avec de beaux diplômes. « C’est une idéologie de croire que les mérites seront récompensés », juge Marie Duru-Bellat, sociologue et professeur à Sciences Po, auteur de L’inflation scolaire. Les désillusions de la méritocratie. Il n’y a pas de méritocratie réelle. « Tout dépend de la conjoncture historique des générations, dit-elle. Personne ne mérite de vivre dans les années 80 ou en 14 quand c’était la guerre ! » Pierre Bourdieu avait lui aussi critiqué la méritocratie. Les inégalités dues au capital économique et culturel des individus entrent en jeu lors d’une embauche.

Avec un taux de chômage de 27 % parmi les 15-24 ans en France métropolitaine au deuxième trimestre 2012 et des employeurs toujours plus exigeants, les demandeurs d’emploi essaient de se différencier. « Les réseaux ont toujours compté, explique Marie Duru-Bellat, mais le phénomène s’est amplifié grâce aux moyens de communication. » Les contacts peuvent se créer sur le web, certains mettent leur CV en ligne sur LinkedIn ou Viadeo, d’autres espèrent se faire repérer sur Twitter…

Caroline, salariée depuis quelques années, pense que pour réussir dans le monde professionnel aujourd’hui, « c’est à 80% grâce à son réseau, 15% grâce à la confiance en soi, à son charisme et à l’image qu’on renvoie et les 5% restant grâce à son travail et son talent. » Certaines grandes écoles, à l’instar de Sciences Po Paris, ont mis en place une discrimination positive pour des élèves venant des ZEP et qui n’ont pas forcément l’opportunité de se créer cet indispensable réseau.

« Le diplôme ne fait pas tout »

Mais lors d’un entretien d’embauche, au-delà de l’aspect méritoire, le candidat doit montrer que son état d’esprit correspond à celui de l’entreprise et que sa personnalité peut apporter un plus. C’est là une conséquence perverse du plus grand accès aux études supérieures. La loi de l’offre et la demande s’applique aussi au marché du travail : les diplômés sont plus nombreux ; le diplôme perd de sa valeur. Les employeurs mettent  en avant d’autres critères, moins basés sur le cursus scolaire, pour départager les candidats. Marie Duru-Bellat acquiesce : « le diplôme ne fait pas tout, mais c’est peut-être une bonne chose. » Mais ne soyons pas dupes. En 2012, le diplôme reste primordial et si vous comptez sur le mérite pour réussir, soignez tout de même vos réseaux et munissez-vous d’une motivation en béton.

Fanny Lattach.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s